Au temps de l’âge de pierre, quand les humains habitaient dans des grottes, il y avait quelques très puissants magiciens. L’un d’entre eux résidait dans ce qui est devenu la Nouvelle-Zélande. Il avait en sa possession un orbe magique permettant de voir l’avenir. Ecologiste avant l’heure, pour tenter de conjurer le futur, il montrait à ses contemporains les guerres, la pollution et toutes sortes d’atrocités mais entre deux horreurs, s’étaient glissés des images, et surtout du son, de groupes de rock. De tous jeunes hommes des cavernes furent immédiatement conquis par ce qu’ils entendirent. Ils essayèrent pendant des semaines de reproduire ces sons mais l’électricité n’ayant pas été encore maîtrisée, c’était complètement impossible. Aussi, ils supplièrent le magicien de les envoyer dans le futur à l’époque des guitares électriques. Bien sûr il refusa mais ils lui rendirent la vie tellement impossible qu’il finit par céder et envoya les jeunes turbulents dans le futur afin d’enfin retrouver une vie paisible.

Séparés au cours de la téléportation, les jeunes des cavernes se retrouvèrent sur les bancs de l’école et même s’ils n’apprécièrent guère leur séjour sur les bancs de l’école (« School Sucks »), cela leur permit de se retrouver et d’enfin monter un groupe de rock avec des guitares électriques (…bon aussi une batterie) ! Et maintenant qu’ils ont enfin réalisé leur rêve de pouvoir jouer du rock il leur fallait un nouveau rêve : celui de conquérir la planète !

La première fois que j’ai vu les Cavemen, c’était à l’excellent festival Cosmic Trip à Bourges pour sa 22ème édition en mai 2018. Quoiqu’un peu brouillon, leur set était intense et d’une énergie peu commune. Je n’ai jamais expérimenté de vivre le passage d’un cyclone mais j’ai un peu eu la sensation de vivre une expérience similaire…. Quoi que je ne sois pas si sûre de véritablement apprécier le passage d’un cyclone… ça doit être effrayant mais j’ai adoré le concert des Cavemen ! A tel point que lorsque j’ai vu sur Facebook qu’ils recherchaient une date en France ou en Suisse et que Paris n’était pas dans la liste des dates déjà annoncées, je me suis empressée de contacter des organisateurs qui eux étaient nettement moins emballés j’ai proposé à Guillaume de Teenage Lust Prod « et si j’organise le concert, est-ce que tu veux bien m’aider » et il a été immédiatement d’accord pour co-organiser le concert avec moi. A la suite j’en ai parlé à Bernard (membre des Barrocks et guitariste de The Truefaith et de The Shakes), qui a également adhéré au projet. C’est la première fois que j’organisais un concert, aussi m’entourer de personnes expérimentées dans l’organisation de concert m’apparaissait indispensable et je remercie énormément Guillaume et Alicia de l’association Teenage Lust Prod et Bernard, ainsi que l’équipe de l’International d’avoir rendu ce concert possible. A noter que si The Cavemen avaient déjà fait plusieurs tournées européennes passant par la France, ils n’avaient encore jamais joué à Paris.

Le concert s’est déroulé le mardi 4 octobre 2022 à l’International à Paris 11ème. Avec une très belle affiche : The Shakes, Human Toys et The Cavemen. J’avais planifié d’interviewer les Cavemen après leur balance, sauf qu’ils sont arrivés avec 2 heures de retard chamboulant mes plans. Pour ne pas perdre trop de temps, Human Toys ont fait la balance en premier puis The Cavemen et alors que The Shakes devait faire leur balance j’ai conduit les Cavemen déposer leurs affaires à leur hôtel et au restaurant où j’avais donné rendez-vous aux Human Toys (The Shakes préférant manger après le concert avec les autres coorganisateurs). Heureusement que tout était dans le même quartier car niveau timing, forcément c’était serré. Tellement juste que je n’ai pu faire l’interview après le dîner. Les Cavemen ont beaucoup apprécié le restaurant. C’était aux Fabricants, et visiblement c’était du 5 étoiles par rapport à ce qu’ils avaient pour dîner sur les dates précédentes de la tournée. Au moins avant même le concert, on leur a donné envie de remettre Paris à l’affiche de leur prochaine tournée européenne ! J’ai donc enchaîné avec l’interview dans le restaurant et même si elle est relativement courte lorsque nous sommes arrivés à l’International, les Human Toys, débutaient leur set ce qui fait que j’ai raté la première partie de mon propre concert !

C’est bien dommage car The Shakes est un très bon groupe et bien que parisien (le chanteur est certes anglais mais parisien de très longue date) ils n’y jouent pas si souvent que ça. Des vidéos que j’ai pu en voir, le son avait l’air bon et une grande majorité du public ont apprécié pour les échos que j’en ai eus. Pour vous donner une idée de leur musique, voilà un lien vers une vidéo d’un de leur concert plus récent, également à l’International :

Human Toys ont bien plu également, du moins à une grande majorité du public. Vers la fin de leur set ils ont eu un problème technique avec le son du thérémine qui était branché sur l’ampli basse mais il a été vite rétabli et le son était très bon. Human Toys est un couple constitué de Poupée Mécanique au chant et au thérémine et Jon à la guitare et également au chant. A noter que si le chanteur de The Shakes est anglais, Jon lui est américain. Leur set est sexy et la guitare de Jon ramone bien. Un petit clip pour vous faire une idée.

L’ampli basse a refait des siennes au début du set des Cavemen, heureusement le problème a été vite résolu et le son était vraiment bon. Merci aux sonorisateurs de l’International qui ont bien fait le boulot. La prestation des Cavemen a vite fait oublier cet incident et ils ont fait l’unanimité. Energiques, voire acrobatiques pour le chanteur qui s’est à plusieurs reprises suspendu à la structure destinée à supporter l’éclairage pour y faire le cochon pendu. La première fois qu’il l’a fait il y a eu une clameur « wow ! » venant du public. Leur garage punk enthousiasmant et efficace est très contagieux et le public s’est vite laissé emporter par leur musique.

L’ambiance a été super pour toute la soirée, le public était content, les groupes étaient contents, pour ma première (avec beaucoup d’aide) c’était plutôt réussi.

L’INTERVIEW

(Paris le 4 octobre 2022)


1. Les Cavemen se sont formés quand vous étiez au lycée, mais quand exactement ? En 2012 ?
Jack : Je crois que notre premier concert a eu lieu en avril 2011. Mais on s’est probablement rencontrés un ou deux ans avant, peut-être.
Paul : On s’est rencontré sans doute vers 2009-2010.
Donc vous n’avez pas célébré votre 10ᵉ anniversaire ?
Paul : Il n’y a rien à célébrer.
Jack : Il y a eu le Covid pendant cette période… et on en a franchement un peu honte !

2. Takumi a joué de la basse sur « Juvenile Delinquent » et du « bongrattler » sur « Swamp Thing ». Que signifie « bongrattler » ?
Jack : C’était le surnom de sa basse.
Paul : Bongrattler ! Un bong, c’est ce avec quoi on fume avec de l’eau, et un grattler (il mime quelqu’un qui gratte une guitare). C’était le surnom de sa basse, le « bongrattler ».
Parce qu’il jouait tellement fort et envoyait du lourd que le bong se mettait à vibrer (il mime une bouteille qu’on secoue). Oui, oui.
Jack : Et ensuite il l’a explosée sur scène.
C’est un peu une blague !
Paul : Oui, oui, voilà.

3. Pourquoi Takumi a-t-il quitté le groupe en 2014 ?
Paul : Parce que notre musique était beaucoup trop stupide pour lui, beaucoup trop peu intelligente.
Et il avait raison ! (rires)
Nick : Mais elle était assez bonne pour moi ! (tout le monde rit)

4. Paul jouait de la guitare sur les deux premiers singles en plus du chant principal. Pourquoi a-t-il arrêté la guitare ?
Paul : J’en ai eu marre de trimballer la guitare, marre de l’emmener aux concerts, et puis ça me laissait plus d’espace pour sauter partout.


5. Depuis que Nick a remplacé Takumi à la basse, la formation a-t-elle encore changé ?
Paul : Pas vraiment. Occasionnellement, quelqu’un a été malade ou à l’hôpital et on a eu quelqu’un pour jouer de la basse ou de la batterie un jour, mais (en faisant signe aux autres membres) ça, c’est les Cavemen.
Nick : On partage les mêmes idées.
Jack : Pour le meilleur ou pour le pire, les Cavemen ont des projets.
Longtemps ensemble.
Paul : Oui, oui.

6. Deux des trois morceaux du single « Dog on a Chain » ont été enregistrés en décembre 2015 par votre ancien membre Takumi. A-t-il produit d’autres disques pour les Cavemen ?

Paul et Jack : Oui, « Too High To Die ».
Paul : Il a produit l’autre single « Too High To Die » et il a aussi joué la guitare lead dessus.

7. « Dog on a Chain » est aussi votre premier disque chez Slovenly Recordings, qui est toujours votre label aujourd’hui. Pouvez-vous nous parler un peu de Slovenly Recordings ?
Jack : On a rencontré Pete, qui organisait un concert à Amsterdam avec les Pretty Things. On a mis ces mecs-là hors jeu sur scène. Il nous a signés immédiatement, c’est comme ça qu’on s’est rencontrés je suppose. Il produit nos tournées, paie beaucoup pour nos conneries liées à la musique, donc voilà.
Paul : C’est un très bon maître esclavagiste.
Jack : Oh oui.
(Paul imite le bruit d’un fouet)

8. Slovenly Recordings organise un festival appelé « We’re Loud » dans des pays qui ne font pas toujours partie du circuit rock traditionnel. Vous avez joué en Turquie en 2018 et au Vietnam en 2019. Est-ce Slovenly qui vous a donné envie de jouer dans ce type de pays ou était-ce déjà un objectif commun ?
Paul : On a toujours voulu jouer dans des pays étranges, pas des pays rock’n’roll « normaux », mais Slovenly Records a été très bon pour nous pousser à le faire.
Nick : S’il n’y avait pas eu le festival Slovenly au Vietnam, on ne serait jamais allés à Saigon ni sur toutes les autres scènes.
Paul : Mais on a toujours voulu jouer dans des endroits sauvages. Lui, il nous a vraiment poussés à le faire.
Jack : Il nous a emmenés à Cuba.
Paul : Cuba.
Jack : J’espère qu’il nous emmènera à Tchernobyl l’année prochaine.
Nick : Sénégal.
Paul : L’an prochain, la Corée du Nord ! (il croise les doigts)